Le Petit Courselle découvre le « bourru »…

vinbourru

Les vendanges avaient commencé depuis une quinzaine de jours. Je savais qu’on ramassait d’abord les blancs, puis les raisins rouges.

Tous les soirs, le même rituel en rentrant de l’école ; j’enfilais les bottes et filais dans les chais. Il y avait toujours une baste à nettoyer, une benne à graisser, ou quelques tuyaux à brancher aux cuves. Au bout d’un moment, mon père me renvoyait à la maison faire mes devoirs.

Pfff, même si j’aimais l’école, je préférais travailler dans les chais… Pendant que je m’exerçais à conjuguer quelques verbes avec mon Bescherelle sur la table de la cuisine, maman mitonnait une omelette aux champignons tout en me faisant réciter ces satanés verbes irréguliers. L’ambiance était studieuse jusqu’à ce que maman me demande « est ce que tu irais chercher une bouteille de « bourru » ? ». Je bondissais de ma chaise en paille, prenais la bouteille en plastique que maman me tendait, une lampe torche (il commençait à faire sombre et je n’étais pas tranquille dans les chais) et courrais jusqu’au cuvier. Papa me montrait la Cuve n°7 pendant qu’il rinçait les derniers tuyaux. Je prenais l’escabeau pour atteindre le petit robinet de dégustation et faisait couler ce jus mystérieux.

Mmmmm, il sentait les fruits frais, le bonbon et moussait dans la bouteille… Je ne comprenais pas pourquoi mes parents disaient aux amis qui venaient s’en chercher tous les soirs « Attention, ce jus peut être traitre ».  Une fois sorti du regard de mon père, je goûtais à ce jus de raisin, une fois, deux fois etc… Ca pétillait, c’était sucré et la fraîcheur du jus intensément parfumé m’éveillait les papilles. Bref, j’adorais..

Quand je donnais la bouteille de bourru à maman à moitié vide, je sentais la tête me tourner et je compris alors que ce breuvage avait quelque chose en plus de magique : il nous rendait joyeux…

Aujourd’hui, c’est la rentrée !

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Aujourd’hui, c’est la rentrée !!!

Tout le monde s’agite autour de moi, mais moi j’aurais préféré aider papa à rafistoler les tuyaux, repeindre les bennes et nettoyer les cuves plutôt que de préparer ma trousse et aiguiser mes crayons. Pffff, maman m’a même acheté de nouveaux souliers alors que Papa a de nouvelles bottes…

Mais bon, il faut dire que cette rentrée est un peu spéciale car je passe dans la grande école. Je vais rejoindre mes deux sœurs qui y sont déjà depuis quelques années. Et il paraît qu’elles connaissent presque tout le monde. C’est mes deux soeurs qui m’amèneront jusqu’à ma classe alors finalement, je me dis qu’on va bien s’amuser.

Ce que j’aime le plus au final dans les rentrées, c’est que cela indique qu’on va bientôt vendanger et peu importe si je dois aller à l’école, j’aurai toujours le droit de courir dans les chais voir ce qu’il s’y passe aussitôt la journée d’école terminée et ça, cela nous ravit mes sœurs et moi !

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Les Héros du champs de foin…

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Au milieu des vignes de Papa, en direction de la maison de Mamie, il y avait le champ de Mr Brotoleto. Papa avait bien essayé de lui acheter tant cette parcelle était enclavée dans ses vignes mais Mr Brotoleto disait en avoir encore besoin pour faire le foin aux quelques vaches qui lui restaient.

Depuis la sortie de l’école, nous guettions jour après jour ce champ d’herbes hautes et nous les traversions parfois, au risque de nous piquer les jambes. Chaque année, c’était la même attente : attendre que les herbes soient bien sèches mais pas trop, vérifier la météo, faucher le champs. Nous, nous attendions la dernière étape : le jour où la machine viendrait avaler les herbes sèches et en sortirait ces fameuses boules de foin. Ces dernières nous semblaient immenses ; il faut dire que même le plus grand d’entre nous ne dépassait pas les 2/3 de la boule !

Une fois la machine passée, nous nous retrouvions quelques soirs au bord du champ à la nuit tombée.

Et là, nous fabriquions ce qui allait devenir notre parcours du combattant. Il fallait déplacer les boules par nos propres moyens. On s’y mettait souvent à 4 pour les faire bouger, au mieux à 3… On les alignait, les éloignait. On montait dessus (ou plutôt on se hissait dessus avec les fils tendus qui nous serraient les doigts), on sautait d’une boule à l’autre. On fabriquait des ponts avec des planches ou des piquets de vigne trouvées au coin du hangar à matériel. On se chronométrait : c’était comme cette émission de l’époque : Intervilles mais dans les vignes !

On s’en donnait à cœur joie, ignorant les griffures et égratignures sur tout le corps… On savait que cela ne durerait pas, que Mr Brotoleto finirait par rentrer ces boules de foin avant la prochaine pluie. Mais avant de rentrer le foin, on savait aussi que Mr Brotoleto viendrait se plaindre auprès de mon père pour les dégats que nous aurions occasionnés tous les soirs, pendant nos jeux nocturnes. Mon père finissait toujours pas offrir une caisse de vin à ce brave Mr Brotoleto, en « dédommagement ». La réprimande qui suivait n’était pas si forte au regard de tout le plaisir que nous avions eu à participer à ces jeux interdits. « C’est la dernière fois que je cautionne vos bêtises » nous disait il et pourtant, on savait que son sourire en coin trahissait une certaine fierté.

Le vélo dans les vignes, quel bonheur !

ThieuleyBikes

Casse croûte ou casse gueule !

Ils sont arrivés la veille ces fameux cousins, un peu trop tard pour que nous puissions jouer de suite, mais ce matin je suis tout excité à l’idée de partir avec eux faire du vélo dans les vignes. Quelle fierté j’ai de leur faire découvrir mon immense terrain de jeu… Pour faire une course dans les vignes, ce n’est pas compliqué, le sillon est droit. J’ai pas dit large… mais droit. Le coteau derrière la maison est le plus en pente, donc plus dangereux…

Tout le monde est heureux et les plus démunis ont été affublés des vélos appuyés au coin de la grange. Nous pédalons à vive allure, l’idée de faire une course n’est pas encore là, mais elle est sous-jacente! Arrivés en haut de la pente nous décidons de faire la course. Chacun dans son rang, autrement c’est trop étroit. Un, deux, trois, c’est parti !

Tout va très vite vu avec nos yeux d’enfants. Et cette odeur incroyable qui nous enveloppe… elle est délicate, délicieuse, presque enivrante. C’est l’odeur de la vigne en fleur. Maman dit qu’elle est indescriptible, pour moi elle est simplement unique.

J’ai gagné la course, c’est bien normal, je connais tous les pièges de la descente, par contre mon cousin Franck est tombé. Genoux rougeoyants et un peu douloureux, nous décidons de passer outre et de ne rien dire aux parents pour ne pas nous faire gronder.

En rentrant à la maison, la bande d’aventuriers a droit à un casse-croute, tout le monde est joyeux et notre mésaventure passe inaperçue. Pour Franck ce sera un bon morceau de saucisson, peut-être une bonne gorgée de vin rouge en cachette pour oublier la douleur, c’est le meilleur des remèdes.

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EMBOUTEILLAGE !!! RIEN À VOIR AVEC LA CIRCULATION DU VILLAGE !

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En ce début de vacances de Pâques je suis tout excité à l’idée de pouvoir participer à la « mise en bouteille »…enfin moi je préfère dire l’embouteillage comme papa. Maintenant que je suis un peu plus grand je vais pouvoir être plus efficace.

L’année dernière j’avais passé mes journées à mettre le tampon du millésime sur la caisse et à recompter les bouteilles dans les cartons. Je sais bien que ce n’était plus très utile mais j’étais tellement heureux d’être là, de participer. Cette année il m’a dit que je serai à la capsuleuse. Il faut approvisionner la machine en capsules, bien vérifier que chaque bouteille ait sa coiffe et qu’elle soit bien posée, sans un pli. Il faut surtout être bien attentif toute la journée et ne pas avoir mal aux oreilles car ça fait un sacré bruit toutes ces bouteilles qui se touchent entre elles.

Je regarde impressionné José à l’autre bout de la chaîne, il a des bras comme Popeye, il va très vite quand il met les bouteilles dans les cartons et les cartons sur la palette… moi aussi un jour je ferai comme lui !

A travers la porte entrouverte, les rayons du soleil viennent éclairer la palette qui est en train d’être montée. IL fait beau dehors et la vigne ne s’y trompe pas, elle se réveille avec le soleil et les jours qui se rallongent… S’il fait beau et chaud, on peut même la voir pousser, c’est papa qui dit ça !

A cette saison c’est le rouge récolté l’an dernier qui est embouteillé. Quelques mois en barriques et hop, direction la bouteille. Ce soir pour le dîner, il a apporté une bouteille juste remplie et « habillée »… Chut !!! en cachette, j’en avais déjà offert une à maman avec une étiquette en peu de travers, histoire de la faire participer.

LA CHASSE AUX OEUFS DU PETIT COURSELLE

petit courselle pâques

 

A Pâques, ce que nous préférions quand nous étions enfant, c’était non pas écouter cette messe interminable le col boutonné ou la jupe serrée, mais c’était bel et bien le son des cloches du dimanche qui annonçait l’ouverture de la chasse aux œufs en chocolat …

Ah !!! c’est qu’on aimait cela le chocolat et il prenait, à cette occasion, multiples formes amusantes : un œuf , un poisson, un lapin, une poule…. Et ces petites garnitures en sucre ou en praline, qui remplissaient ces œuvres d’art… Et ces rubans, pour lesquels nous trouvions toujours un deuxième usage inattendu.. Qu’allait bien pouvoir nous laisser ces fameuses cloches cette année ?

Le gong était donné par cette phrase, toujours la même «Ca y est, elles sont passées ! » .

Mais à la chasse aux œufs, bizarrement, c’était un peu comme lorsqu’on allait ramasser les cèpes avec maman. Elle les voyait toujours avant nous, nous guidant par des « tu chauffes, tu refroidis, tu brûles »…

Pendant ce temps, papa était parti à la cave, chercher à la cuve son dernier millésime à faire goûter à la famille qui s’annonçait nombreuse pour partager l’épaule d’agneau aux cèpes.

Alors ce dimanche, quand nous irons cacher nos œufs à nos enfants, nous serons nostalgiques, tout aussi excitées qu’à cette époque et nous aurons un plaisir non dissimulé à leur crier , « Ca y est , elles sont passées »..

Et quand à table, ce week-end, nous proposerons à nos parents tontons et cousins, notre 2015, nous éprouverons alors un sentiment de fierté mêlé à un peu d’angoisse jusqu’à cette phrase libératrice de tout doute « bravo, il est super ton 2015 ! »…