Les Héros du champs de foin…

Fouin PC

Au milieu des vignes de Papa, en direction de la maison de Mamie, il y avait le champ de Mr Brotoleto. Papa avait bien essayé de lui acheter tant cette parcelle était enclavée dans ses vignes mais Mr Brotoleto disait en avoir encore besoin pour faire le foin aux quelques vaches qui lui restaient.

Depuis la sortie de l’école, nous guettions jour après jour ce champ d’herbes hautes et nous les traversions parfois, au risque de nous piquer les jambes. Chaque année, c’était la même attente : attendre que les herbes soient bien sèches mais pas trop, vérifier la météo, faucher le champs. Nous, nous attendions la dernière étape : le jour où la machine viendrait avaler les herbes sèches et en sortirait ces fameuses boules de foin. Ces dernières nous semblaient immenses ; il faut dire que même le plus grand d’entre nous ne dépassait pas les 2/3 de la boule !

Une fois la machine passée, nous nous retrouvions quelques soirs au bord du champ à la nuit tombée.

Et là, nous fabriquions ce qui allait devenir notre parcours du combattant. Il fallait déplacer les boules par nos propres moyens. On s’y mettait souvent à 4 pour les faire bouger, au mieux à 3… On les alignait, les éloignait. On montait dessus (ou plutôt on se hissait dessus avec les fils tendus qui nous serraient les doigts), on sautait d’une boule à l’autre. On fabriquait des ponts avec des planches ou des piquets de vigne trouvées au coin du hangar à matériel. On se chronométrait : c’était comme cette émission de l’époque : Intervilles mais dans les vignes !

On s’en donnait à cœur joie, ignorant les griffures et égratignures sur tout le corps… On savait que cela ne durerait pas, que Mr Brotoleto finirait par rentrer ces boules de foin avant la prochaine pluie. Mais avant de rentrer le foin, on savait aussi que Mr Brotoleto viendrait se plaindre auprès de mon père pour les dégats que nous aurions occasionnés tous les soirs, pendant nos jeux nocturnes. Mon père finissait toujours pas offrir une caisse de vin à ce brave Mr Brotoleto, en « dédommagement ». La réprimande qui suivait n’était pas si forte au regard de tout le plaisir que nous avions eu à participer à ces jeux interdits. « C’est la dernière fois que je cautionne vos bêtises » nous disait il et pourtant, on savait que son sourire en coin trahissait une certaine fierté.